Africana Studia nº 32 - O Vegetal Colonial

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Índice

  • Editorial (pág.5)
  • O Vegetal Colonial
    • Jean-Louis Yengué - Colonisations et végétation en Afrique (pág.11)
    • Taïbi Aude Nuscia e El Hannani Mustapha - Le paysage colonial en Afrique. Le végétal dans l’espace public des villes coloniales de Marrakech, Alger, Antananarivo et Toliara. Enjeux socio-environnementaux d’un «patrimoine» vert dans un contexte urbain en mutation (pág. 27)
  • O vegetal na área de colonização francesa
    • Aziz Ballouche - Environnements et paysages précoloniaux du Sud-Ouest mauritanien (Brakna, Trarza) (pág.43)
    • Sébastien Caillault - Les «forêts classées»: une empreinte coloniale dans les paysages végétaux. Approche par deux récits à l’ouest du Burkina Faso (pág. 61
    • Nourddine Mirhani, Aude Nuscia Taïbi, Mustapha El Hannani e Aziz Ballouche - Mutations des paysages agraires coloniaux d’Anjouan (pág. 69)
    • Roland Afungang - A Cartography of Physiographic and Anthropogenic Factors influencing Vegetation in the Bamenda Mountain Region of Cameroon (pág. 91)
    • Jean Gormo - De «l’endogénéité» à «l’exogénéité» du paysage végétal dans la ville de Maroua (Extrême-Nord Cameroun) (pág. 117)
  • O vegetal na área de colonização portuguesa - Angola
    • Éva Sebestyén - Colonial Landscape in the 19th century Angola. Useful Plants in László Magyar´s and Mbundu Village Chiefs´ Records (pág. 131)
    • Augusto Lança - Agricultura e silvopastorícia no Namibe, Angola .(pág. 141)
  • Entrevista
    • Hamady Bocoum (pág. 153)
  • África em debate - Problemáticas da Arqueologia de África
    • Rémy Dzou Tsanga - Le rôle des végétaux dans la metallurgie du fer au Cameroun: Des materiaux à la thérapie de fusion du metal (pág. 159)
  • Notas de Leitura
    • René Pélissier - Riche friche ou moisson de coquelicots? (pág. 171)
  • Resumos (pág. 185)
  • Legendas das ilustrações (pág. 199)

Editorial

Évoquer les questions environnementales en Afrique est indissociable de la notion de crises, de dégradation, que ce soit des ressources ou des paysages qui leurs sont associés. Dans les discours, comme dans les représentations, ces processus de dégradation seraient principalement causés par les sociétés africaines dont les modes de gestion et de valorisation des ressources sont souvent remises en cause et qualifiées de sous-développés, voir «arriérés».
Cette lecture ou interprétation quasi systématique d’une relation «conflictuelle» entre les africains et leur environnement est devenue un dogme qui conditionne de nombreuses lectures des dynamiques de transformation des paysages en Afrique, surtout les paysages du végétal (forêt, brousse, savane…), dont l’assise scientifique s’appuie sur des approches historiques, culturelles et même anthropologiques.
Contrairement aux récits de voyageurs du 19e siècle qui décrivaient des sociétés certes pauvres mais en «harmonie» avec leur contexte environnemental et paysager, la colonisation constituera le début du développement d’un discours souvent négatif, faisant apparaître les communautés africaines comme des sociétés toujours pauvres mais menaçantes car leurs pratiques agricoles (les paysages urbains sont quasiment inexistants dans ces discours surtout en Afrique de l’ouest et sub-saharienne) seraient préjudiciables à l’environnement et aux ressources naturelles d’une manière générale.
Les récits des voyageurs (géographes, religieux,...) contribueront à la construction de cet «imaginaire» négatif et ils sont surtout à l’origine du choix des territoires à conquérir et à mettre en exploitation. De nombreuses disciplines scientifiques seront mises a contribution avant, pendant et après l’instauration d’un système colonial pour explorer, valoriser et développer les nouveaux territoires conquis. Nombreux seront alors les scientifiques et les aménageurs qui seront mobilisés ou associés à des projets coloniaux dans l’objectif d’asseoir la maîtrise sur les territoires et leurs occupants. Ces projets de conquête étaient présentés comme indissociables de la mission civilisatrice initiée par l’Occident en faveur du monde.
Les récits des voyageurs et les informations collectées - et parfois fabriquées - par savants ou non savants constituent la matière nécessaire dans la fabrication des récits. Dans ces récits se mêlent fantasmes et réalités sur des territoires qualifiés de «vierges», «inconnus », «insolites»,… Il fallait en effet susciter la curiosité chez la population métropolitaine et les responsables politiques, créer le désir chez les aventuriers et faire miroiter les richesses potentielles.
La force du récit colonial réside dans un postulat simple et limpide qui est que tous les territoires situés au-delà du «monde occidental» parcourus par un ou des voyageurs occidentaux sont considérés comme une découverte, donc sont considérés comme «nouveaux» ou «vierges». Les colonies deviennent donc alors des lieux d’expérimentation où l’on peut se permettre de tout transformer, changements qui n’épargneront ni les hommes ni leur environnement.
La transformation ou la création de nouveaux paysages, qu’ils soient ruraux ou urbains, de type minéral (villes) ou végétal avec l’introduction de nouvelles cultures ou espèces horticoles ou forestières, s’inscrit pleinement dans cette logique. Il s’agissait de créer une distinction entre deux catégories; d’un côté le paysage indigène, généralement dépourvu d’intérêt sauf ceux considérés comme naturels, et de l’autre les nouveaux paysages,
souvent importés ou introduits par le dominateur, et porteurs de transformations et de développement, donc de modernité.
La principale conséquence de ces transformations est la genèse de paysages radicalement différents, générant une dichotomie paysagère, culturelle, etc., entre moderne et traditionnel.
Cette dichotomie impacte encore aujourd’hui les dynamiques socio-spatiales de nombreuses anciennes colonies. Elle donne naissance aussi à une catégorisation entre ce ui est considéré comme authentique, naturel, et qui mérite protection et préservation, et ce qui est perçu comme nuisible ou arriéré et qui n’est pas digne d’intérêt. À travers ce processus de classification et de catégorisation, les paysages des colonies se trouvent
complètement remodelés.
Tous ceux - géographes, historiens, etc. - qui tentent de retracer les trajectoires des transformations des paysages et de l’environnement et leurs conséquences en Afrique ne peuvent faire abstraction de cette période. Cependant, une difficulté s’impose, celle de la question des documents au sens occidental du terme, c’est à dire des archives écrites qui sont entièrement d’origine coloniale, véhiculant alors un seul discours, celui de ceux
qui les ont produites, les dominateurs. Face à ce récit exclusivement porté par le colonisateur-dominateur, il est quasiment impossible de faire valoir celui des sociétés qui ont été assujetties aux différentes transformations.
(… L’approche historienne, même la plus critique, part ici pour l’essentiel du point de vue de l’État, c’est à dire du point de vue des sources écrites les plus abondantes et les plus accessibles, et les sociétés victimes des processus qu’elles décrit n’y ont guère la parole.1 Or, tous nos travaux de recherche s’appuient sur des archives ou documentations coloniales, certes utiles et indispensables, mais incomplets. Il existe pourtant très certainement des discours produits par les «indigènes» exprimant leurs ressentis vis à vis des chamboulements de leurs contextes paysagés et environnementaux. Mais, face à l’absence de ce type d’archives (documents écrits ou oraux, enregistrements ou autres), il est difficile de mener des travaux de recherche sur la nature et le contenu de ce récit des «indigènes».
L’organisation conjointe de l’atelier Dynamiques des paysages et enjeux environnementaux en Afrique: entre construction et réalités-le cas des paysage du végétal par le Centre
d’Etudes Africaines de l’Université de Porto et ESO (UMR 6590 du CNRS) de l’Université d’Angers s’inscrit dans une démarche qui se veut de prospection, avec différents participants
qui mobilisent diverses méthodes et sources (récits de voyages, archives, littérature, archéologie, histoire,...) dans leurs travaux de recherche sur différents terrains en Afrique.
A travers cette rencontre, nous avons aussi exprimé le souhait d’initier une première comparaison du végétal entre l’Afrique lusophone et l’Afrique francophone, deux empires coloniaux mais deux univers socioculturels différents dont les impacts et les héritages ont marqué et marquent toujours les trajectoires de l’évolution des paysages et des environnements africains.
Les différents travaux en cours ou déjà réalisés présentés ici s’appuient sur une approche pluridisciplinaire associant géographie, histoire, littérature, récits, pour mieux appréhender les dynamiques et l’évolution des paysages dans leur diversité bioclimatique et ils tentent de mobiliser de plus en plus les récits indigènes (oraux ou écrits) permettant de mieux comprendre le ressenti et les modalités d’appropriation des héritages de la colonisation du Maroc au Sud de l`Angola.
L’étude et l’analyse des héritages, surtout archéologiques, montrent que la temporalité centrée sur la colonisation est certes importante, mais s’inscrit dans des processus beaucoup plus longs de transformation des paysages africains (A. Ballouche).
L’analyse des différents contextes paysagés (villes, campagnes, grands paysages «naturels ») à différentes échelles spatio-temporelles (A. N. Taïbi et M. El Hannani, A. Ballouche, J.-L. Yengué, J. Gormo et R. Afungang) constitue une entrée intéressante, car cesont des traces visibles et des héritages qui constituent une source pertinente permettant de saisir les trajectoires des transformations. Cela permet aussi de combler la délicate
question de lacune des documents et des archives. Le même contraste à découvrir dans le Sud-Ouest angolais entre la vision agronomique contemporaine (A. Lança) et celle des «explorateurs» européens (E. Sebestyen).
Le principal objectif de ces travaux, dont les résultats sont issus de différentes approches, est de nous permettre de questionner différemment les héritages coloniaux (végétal, minéral, culturel,...) et de faire de cette «période/rupture» coloniale une temporalité parmi d’autres dans la longue histoire des sociétés africaines. C’est à cette condition que nous pourrons revoir la chronologie des changements et évaluer à leur juste valeur les impacts des différentes temporalités dans la transformation des paysages et des environnements africains.

El Hannani Mustapha*

ESO-Angers, UMR 6590 CNRS, Université d’Angers. SFR Confluences, France.

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